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Le renouveau de la perle

Elle est comme une perle ; douce et tenace à la fois, féminine et combative, avec un naturel libre et une éternelle jouvence qu’elle déploie avec émerveillement dans son exploration joaillière. Son parcours fait de convergences, commence au croisement de chemins de son art, quand poussée par son instinct, elle décide de couper une perle pour scruter ce matériau de l’intérieur. Un amour fascinant en jaillira pour réaliser des pièces uniques magnifiant cette gemme organique sous toutes ses formes. Devenue directrice artistique de la marque M/G Tasaki créée avec la maison japonaise, elle impose sans restriction son regard entre dedans et dehors, trouvant dans ses intuitions et sa nature profonde, toute l’inspiration pour des collections audacieuses, qui renouvellent sans cesse la perle moderne.

Bijoutière dès l’enfance

J’ai grandi à Athènes d’une mère française et d’un père grec.” Dès le départ, Mélanie est en voyage entre deux pays, deux familles et deux cultures différentes. “J’ai hérité des deux : des Grecs, qui ont cette légèreté de vivre et cultivent l’irrévérence. Et des Français qui ont les bonnes manières et l’élégance, avec des femmes toujours bien habillées, sans aucune fausse note ni exubérance.” Son enfance sera marquée par les bijoux ; ceux des musées archéologiques grecs et des expositions permanentes qu’elle découvre avec sa mère, décoratrice d’intérieur et son père, avocat et féru d’art. La petite fille est fascinée par ce patrimoine antique qui a traversé les siècles, “en offrant des parures en or fin qui brillent encore, comme à l’origine”. Elle réalise alors qu’elle a envie de faire des bijoux son métier. A l’âge de 12 ans, en jouant avec les pièces d’un ordinateur, elle confectionne même ses premières boucles d’oreilles avec des micro-puces. Ce passe-temps devient bientôt une passion. “Je feuilletais des magazines sans relâche, et quand je tombais sur des mannequins au cou dénudé, je dessinais instinctivement sur la photo un modèle que je gardais.” Naturellement elle s’oriente vers des études de bijouterie à Athènes. Cette formation de 3 ans lui donnera toute la panoplie des techniques pour monter des pièces. Mais Mélanie Georgacopoulos veut créer avec un esprit libre. Elle part alors en Ecosse chercher sa voie dans la sculpture mais elle est convaincue au final qu’elle veut créer “des pièces que l’on porte sur un corps”. Elle présente alors sa collection de fin d’année, faite de bijoux-sculptures, et décroche une place au prestigieux Mastère en joaillerie du Royal College of Art de Londres. Enfin l’aboutissement de toutes ses quêtes pour donner forme et contour à sa vocation première.

La convergence de son art

Deux années où tout se précise. Un évènement va aussi orienter son attention. Elle hérite du collier de perles de sa grand-mère maternelle. “Je ne la voyais pas souvent, mais j’étais très proche d’elle. Je me souviens des quelques bijoux qu’elle mettait tout le temps et qui faisaient presque partie d’elle-même.” Elle a alors l’envie soudaine d’explorer cette matière-là, et même d’aller voir à quoi cela ressemble de l’intérieur. “Dès que je l’ai coupée, j’étais éblouie et j’ai voulu immédiatement en faire un bijou pour révéler toute cette beauté, et que cela trouve du sens dans un dessin.” A la fin de l’année, elle présente une collection entière avec des perles coupées, qui en étonnera plus d’un par son audace et son caractère inédit. Elle a alors 26 ans. 12 colliers de perles classiques sont déconstruits puis reconstruits. L’une de ses premières pièces est ce collier long, tenu par des nœuds en soie, avec une perle ronde de 12 mm à gauche “puis soudain, j’ai commencé à aligner des facettes de perles jusqu’à le nucléus même, de la taille d’une petite bille.” Personne n’avait jamais pensé faire cela avant. La jeune artiste va aussi apporter sa touche personnelle en créant des pièces que l’on porte de manière différente. Des colliers avec des chaînes tendances pour porter les perles de manière branchée. Ou encore, des perles qui tombent dans le dos, ou se portent en cravate ou nouées autour du cou. Depuis, elle lancera toujours ses propres collections, tout en travaillant à plein temps pour les autres. Mélanie Georgacopoulos rejoindra pendant 3 ans, Antoine Sandoz à Londres comme dessinatrice pour les grandes marques, puis va parcourir le monde avec un agent parisien, Valérie Demure ; Ses idées et pièces seront exposés partout de Paris à New York, et la talentueuse designer assurera un travail acharné qui la conduira jusqu’à Las Vegas avec l’association Rock Vault. “C’est à ce moment-là de ma vie que j’ai enfin compris où tout cela menait.” Comme dans un rêve, elle va rencontrer les directeurs de Tasaki.

Le mariage réussi avec Tasaki

J’ai eu énormément de chance. J’étais là au bon moment, au bon endroit quand j’ai rencontré cette maison de joaillerie japonaise en 2012.” Elle part au Japon, berceau de la perle, et c’est une alliance parfaite qui se dessine ensemble, avec une marque propre M/G Tasaki dont elle sera la Directrice artistique. La maison avait besoin de se renouveler, pour se démarquer de son concurrent historique, Mikimoto, et Mélanie avait besoin de déléguer la fabrication pour s’investir entièrement dans ses idées de créations. “Il faut trouver des artisans qui savent faire, car c’est beaucoup de minutie et un vrai savoir-faire. L’artiste aime de plus ce défi permanent pour repousser les frontières et sortir du cadre. “Au début, on a lancé une collection avec des perles en nacre tridimensionnelles qui était extrêmement difficile à faire. Et il y a tant de découvertes encore dans ce domaine.” Avec la maison de joaillerie internationale, elle a aussi les moyens de lancer, à l’échelle d’une marque, des bijoux fantaisie et précieux dans le monde entier. La marque renommée va donner plus de valeur à ses créations, “car les clients veulent connaître la marque, son histoire, si elle sera encore là dans 10 ans, ceci d’autant plus que l’acte d’achat est un investissement important.”Mélanie Georgacopoulos a déjà lancé plus d’une vingtaine de collections, comme Arlequin, Astéroïde, Nuage, Perles cubiques, Stellaire. Des perles colorées, coupées, enchaînées, associées, regroupées, pour des bijoux à la fois pratiques, intemporels et contemporains.

Des idées plein la tête

Un émerveillement pour la perle qui ne se tarit pas. Mélanie scrute depuis 12 ans cette matière. “Ce qui me fascine, c’est qu’une perle sortie de l’eau, est prête immédiatement, contrairement au diamant qu’il faudra tailler encore.”Puis que chaque perle est unique de l’intérieur, pourquoi donc faut-il les aligner dans un collier classique alors qu’on peut révéler leur beauté si singulière ? Ce regard innovant et visionnaire, se retrouve dans toutes ses créations, personnelles ou en collaboration avec Tasaki, faisant d’elle une joaillière à la croisée des chemins entre l’art, la mode et le design.D’ailleurs, Mélanie Georgacopoulos n’aime être classée dans aucune catégorie en particulier, préférant poursuivre toutes ses explorations autour de ce joyau. Même les bijoux fantaisie à bas prix l’intéresse, dans un marché qui aujourd’hui, foisonne d’idées et où chaque concept se nourrit l’un de l’autre, permettant aux clientes, quel que soit leur budget, de connaître et de porter des perles.

Elle se lance aujourd’hui un nouveau défi : travailler la nacre. “C’est la cousine de la perle ; les mêmes couleurs et une si belle iridescence !” Mais en même temps, il faudra composer avec un matériau plat et friable, n’ayant pas une réputation de préciosité. “Tout un chantier qui m’intrigue !” Elle a déjà travaillé les premières prototypes, avec quatre couleurs différentes : le rose, le blanc, le jaune et le bleu/vert. La nacre est même recomposée sous forme de pierres précieuses, pour créer des formes classiques comme le diamant et l’émeraude, nous amenant à repenser la vraie valeur des choses. Elle aimerait aussi intégrer la céramique, une forme nouvelle, aussi solide que le diamant. Là encore, un énorme potentiel en termes de couleurs et pour donner forme à des bijoux sculpturaux d’une grande créativité.

Ce qui nous touche dans les créations de Mélanie Georgacopoulos, c’est que la nature paradoxale et mystérieuse de la perle est toujours respectée. Respecter c’est regarder par deux fois, au-delà de la matière et de nos conceptions traditionnelles. Des collections étonnantes de fraîcheur en découlent, avec une simplicité esthétique déroutante. A son image. Libre, indépendante et toujours curieuse et authentique, elle s’épanouit dans son art comme une perle, entre pureté juvénile et maturité, subtilité et persévérance.

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Londres, le 18 janvier 2018

Lien vers le site de Melanie Georgacopoulos

Galerie photos de Mélanie Georgacopoulos

L’authenticité selon Mélanie Georgacopoulos, la designer à la perle

“ Le luxe, c’est de créer quelque chose d’unique pour quelqu’un, quelque chose qui n’existe pas. Et pour moi, cette création est autour de la perle, avec une approche nouvelle, faite de respect et de curiosité. Je ne suis jamais rendue au bout de ce voyage ! Mon exploration était au départ, très instinctive. J’ai approché la perle à la manière d’un sculpteur qui choisit un matériau. Et j’ai découvert que chaque perle était unique avec des cercles concentriques, comme si on avait coupé un arbre. Une telle beauté qu’il fallait absolument les mettre en valeur dans un bijou ! Je suis toujours fascinée par ce mystère ; comment, même pour une perle de culture, il y a toute une vie derrière avec un mollusque qui, pendant 3 ans au fond de la mer, va créer patiemment cette matière organique à la fois si délicate et persistante.

La perle a toujours fait partie des bijoux royaux. Dès l’Antiquité, elle était très recherchée pour sa rareté. La légende raconte même que, pour impressionner Marc-Antoine, Cléopâtre a dissout ses perles préférées dans un verre de vin. C’est vrai qu’on a immédiatement envie de la toucher, car elle est ronde et exprime la douceur au départ et la force ensuite. Ce qui est incroyable aussi, c’est qu’elle arrive comme elle est, authentique et totalement formée, ce qui n’est pas le cas du diamant qui doit être taillé pour avoir de la valeur ajoutée. Il y a des millions de diamants pareils ; en fait, ils ont quelques inclusions seulement qui les différencient. Et pourtant, il faut reconnaître qu’en Occident, c’est lui qui reste maître de la Haute-Joaillerie. On dit même que quand une femme porte un collier en diamant, c’est le diamant qu’on regarde. Mais quand elle porte un collier de perles, c’est la femme qu’on regarde. La perle reprend de la valeur aujourd’hui avec une qualité excellente. Ma plus grande joie d’ailleurs, c’est de voir que les bijoux fantaisie à bas prix proposent des modèles à base de fausses perles aux adolescentes. Quoi de meilleur qu’éduquer leur style dès leur jeune âge et créer des souvenirs mémorables. Plus tard, elles ne voudront plus d’un bijou qui s’abîme en quelques mois alors qu’on s’y est attaché, et se tourneront vers un achat plus réfléchi, afin de vivre une relation personnelle, et le transmettre plus tard à leurs filles et petites filles.

Le grand défi de notre époque, c’est donc d’accéder à cet autre chose de différent. Les clients veulent trouver leur voie propre autant que leur style personnel, pour développer leur confiance en soi. Comme il s’agit d’investir des sommes importantes, ils comprennent aussi que les bijoux en série limitée ont leur propre voie ; et qu’il faut les découvrir et les apprécier avec une dose de courage presque, pour oser les porter. Dans ma nouvelle collection, je travaille la nacre par exemple, et, pour perturber nos repères habituels, je vais proposer différentes formes taillées à la matière des coupes classiques de diamant : Asscher, coussin, cœur, poire, radiant… Le résultat est saisissant, créant du précieux à partir d’un matériau qui ne l’est pas, pour sortir du cadre et même oser des pièces plus grandes pour habiller le corps. Mon rêve est que l’investissement qui est fait devienne aussi sentimental. Que mes clientes s’approprient totalement ces pièces, qu’elles fassent partie d’elles-mêmes et qu’elles les mettent comme une seconde peau. Car un bijou raconte une histoire, qui se transmet de génération en génération. Et dans le quotidien, cela contient aussi une forte valeur affective, et une valeur subjective liée à la mode pour les jeunes filles. Cela change tout dans leur confiance en soi, leur attitude vis à vis d’elles-mêmes et des autres.

L’authenticité a toujours été pour moi d’écouter ma petite voix à l’intérieur, et faire ce que j’ai dans le cœur. Ce n’est pas tant de vendre des choses qui compte, mais de se connecter de manière véritable à ses clients, à travers ses créations. Car le plus important, ce n’est l’avoir mais l’être. J’essaye d’inculquer ce sens des vraies valeurs à mes enfants, en leur montrant autre chose : la nature, les voyages, la richesse des relations humaines et des rencontres. Il faut leur ouvrir l’esprit, élargir leur champ de conscience et leur apprentissage culturel, sans aucune restriction, et libérer leur créativité.

Avec du recul, je constate que mon art est le reflet exact de ma vie. A 38 ans maintenant, j’ai mûri en tant que femme, partenaire et mère. Comme une mosaïque, c’est ma vie personnelle que je montre dans certaines collections, et cela de manière instinctive, car je suis honnête avec ce que je fais. Notre vie est donc un chemin, un apprentissage continu. Je veux juste continuer de regarder autour de moi, ressentir les choses et être émue. Mon secret est d’aller voir ce qui m’attire mais aussi ce que je ne connais pas : une musique bizarre, des films de créateurs inconnus, une exposition hors du cadre. Pour laisser mon esprit libre de créer sans limites ! ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Londres, le 18 janvier 2018

Lien vers le site de Melanie Georgacopoulos

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