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La pétillante créatrice de broderies design

Une brodeuse d’art tout en couleurs. Natacha Pons vous accueille dans les teintes vives et chaudes de l’automne. Créatrice et designer à la fois, elle allie à merveille ses compétences marketing et son savoir-faire en broderie pour réaliser vos rêves. Dans son univers où le style devient narration, chaque détail est magnifié en 3D avec une infinie personnalisation pour créer des œuvres à quatre mains, en collaboration avec la designer de mode Cyrielle Leclère. De la Haute Couture aux panneaux d’intérieur, des collections féminines aux sculptures monumentales, en passant par des parures exceptionnelles faites sur-mesure… tout pour embellir l’être et graver avec minutie la préciosité de l’instant.

La tête dans les paillettes

Natacha est née dans le Sud de la France et a passé son enfance à Nice sur la Côte d’Azur. De sa mère qui tenait une galerie d’art sur la Promenade des Anglais, elle hérite du goût artistique et “l’amour des perles et des paillettes”. De son père, ingénieur en métallurgie, elle reçoit “la structuration cartésienne de la pensée qui vient compléter le reste. Fille unique, elle aime les parures et le mouvement, et se rêve en majorette le matin et en robe de mariée l’après-midi. Avec un Bac scientifique en poche, elle s’oriente alors vers l’histoire de l’art, puis étudie le marketing et démarre une carrière dans l’événementiel et la communication. “J’ai toujours mélangé dans mon parcours l’intuition et le sens rationnel, un côté créatif et visionnaire mais qui reste cadré par un certain nombre de méthodes et d’approches analytiques. Natacha le retrouve dans la broderie qui fait appel à des gestes extrêmement techniques et codifiés. Et en même temps, elle a trouvé là un champ illimité des possibles “puisqu’il s’agit d’amener tous types de fournitures sur un support, avec du fil.

Du marketing à la broderie

En 2011, la dynamique marketeuse quitte son emploi en tant qu’attachée de presse et veut travailler sur des projets concrets, en les menant du début à la fin. “Je voulais aussi créer ma propre entreprise, choisir mes clients, mes prestataires et vivre selon mes valeurs et mes convictions. Elle s’oriente alors vers la broderie et rentre en formation auprès d’une Meilleur Ouvrière de France en Broderie Haute Couture à Paris. “Elle m’a accueillie pendant deux ans et j’étais sa seule apprentie. J’ai énormément appris dans son atelier.” La transmission de gestes hautement techniques, le tour de main et les réflexes de métier pour broder vite et en toute beauté. Natacha répond à ses premières commandes, apprend l’autonomie et développe la qualité des mains françaises que l’on acquiert par l’expérience et le savoir-faire. Elle travaille alors pour la Haute Couture sur des pièces très classiques et dans des couleurs traditionnelles. Elle part aussi exercer son art sur les collections d’Alexandre McQueen, d’abord à Londres puis à Paris lors des défilés.

Mais elle ressent le besoin de compléter sa formation par la création et passe un diplôme spécifique de Métiers d’Arts à l’Ecole Duperré, l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués de Paris. “Cela m’a permis de m’exprimer, raconter une histoire, communiquer une sensation à travers la broderie et depuis j’ai eu la chance de pouvoir le faire au quotidien.” Comment passer d’un brief, d’une idée ou même d’un ensemble de visuels que l’on appelle des mood boards (ou planche de tendances), à un travail de broderie concret ? La voici dotée d’une double compétence, ce qui est très rare dans ce métier.

La rencontre avec Cyrielle Leclère

Dès 2011, elle a cette rencontre avec Cyrielle Leclère, dans le cadre d’ateliers qu’elle donnait aux Arts Décoratifs de Paris lors d’une exposition sur le travail de Hussein Chalayan. Natacha suivait alors un cursus de 5 ateliers pour apprendre à réaliser une pièce vestimentaire à la façon du styliste turc. “Dans mon idée, je voulais broder, mais aussi faire de la couture pour créer mes propres pièces. J’ai vite compris que les deux métiers sont complémentaires mais très différents.” Plutôt que d’essayer d’acquérir ce savoir-faire en plus, elle choisira alors de se spécialiser dans la broderie pour développer au maximum cet art d’un point de vue créatif. En revanche, une grande collaboration naîtra avec Cyrielle, “qui avait un univers très proche du mien, avec quelque chose de très narratif.” Zoomer par exemple dans la matière et les microstructures : les planètes, les feuilles, le chou Romanesco… “tout ce côté ultra-géométrique de la nature que chacune traduit dans son savoir-faire”. Avec la designer de mode, elle peut enfin créer des volumes et des textures surprenantes et façonner des pièces entre sculpture et bijou. De cette association artistique à quatre mains, va naître deux entreprises : P&L Studio pour les grandes marques, et Beau Voir pour une clientèle privée. “On a, à chaque fois, un style très marqué, en alliant le modélisme et la broderie sur des sculptures textiles réalisées dans une créativité permanente et avec le souci du détail sur tous les formats.”

Des projets stimulants

Natacha Pons et Cyrielle Leclère composent depuis ensemble toutes leurs pièces, depuis la gestation jusqu’à la livraison. “On crée des parures textiles pour que nos clientes s’en emparent en les portant de mille et une manières possibles : apprêtée par exemple sur une robe en satin, ou en décalage sur un jean.” Ces pièces que l’on gardera toute une vie, offrent aussi une part de rêve et révèlent certaines facettes de la personne qui les porte. “On est à l’antipode de la robe de mariée qu’on va porter un jour donné de sa vie.” Au contraire, les créatrices recherchent un esprit d’appropriation jusqu’à ce slogan de Beau Voir : « Incarnez-vous ! »

Et les idées foisonnent, avec des projets pour des grandes marques ou une clientèle exclusive, en France et à l’étranger. Comme ce nœud géant réalisé pour le lancement d’une grande marque de parfum à Dubaï. “Nous avons fait toute la décoration de l’évènementiel de lancement, et on a travaillé sur un principe de nœud qui devait être décliné depuis le plus petit format : le pin’s porté par les hôtesses d’accueil, jusqu’au plus grand : une énorme structure de 8m par 6, sous laquelle les invités allaient se déplacer.” Le projet le plus stimulant reste celui sur lequel elle travaille aujourd’hui. “Il y a quelques jours, j’ai reçu une commande spéciale, celle d’un jeune prêtre qui souhaite réaliser sa chasuble. Un projet très graphique, contemporain et pas du tout ostentatoire.” Ensemble, elles ont confectionné une pièce unique “avec un dégradé qui est le côté ascensionnel de la foi, allant du rouge carmin au niveau des genoux jusqu’au blanc au niveau du col, pour représenter l’accompagnement de l’âme dans cette quête spirituelle.

Leur atelier est implanté dans une EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) de maquettistes, ce qui leur permet de rajouter un atout supplémentaire à leurs compétences. Elles y réalisent notamment des modules crées sur mesure, à partir de modélisation tridimensionnelle. “Leur savoir-faire unique en termes de travail sur le plastique, le cuir et tous types de matériaux, vient compléter le nôtre” et cela permet de créer des œuvres contemporaines, en sortant du format classique des perles et des paillettes, de la fleur, du rond et du carré. “Ici on peut dessiner et broder quasiment tous les possibles !

Cela offre de nouveaux développements, notamment dans le design et la décoration intérieure. Les créatrices ont lancé cette année leur première collection de panneaux décoratifs qui seront utilisés comme cloisons dans des résidences privées, des yachts ou des palaces. “Comme ce panneau mural qui a pour vocation d’être placé sur un miroir fumé noir. On a réalisé un tissu technique avec un travail au ruban de velours. Des paillettes de cuir sont posées en rivière, brodées avec des perles de rocaille, des perles floquées et des petits rouleaux en satin de coton.P&L studio et Beau Voir, qui s’exportent déjà très bien en Asie, ont également prévu de s’implanter bientôt au Qatar, en ouvrant un corner leur permettant d’être au plus près de leur clientèle des pays du Golfe.

Un portrait à l’image de son art: tout en couleurs et en relief. Et un métier de brodeuse qui ne change pas. Car il s’agit comme à ses débuts, de raconter l’histoire en révélant quelque chose de l’au-delà, par la lumière qui illumine le réel. Et c’est à cet appel que répond encore Natacha Pons aujourd’hui, en allant puiser dans sa créativité audacieuse toutes les idées nouvelles qui exprimeront les facettes de ce Moi véritable, qui n’a de cesse de se renouveler et se donner à voir.

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris, le 20 novembre 2017

Liens vers les sites de P&L Studio et Beau Voir

Galerie photos de Natacha Pons

L’authenticité selon Natacha Pons, dans la magie de la broderie

“ Au départ, il y a toujours quelque chose de l’ordre du rêve et même du sentiment. Nos clients ont envie de pénétrer dans le monde feutré des stylistes et designers de mode, à travers notre rencontre et nos échanges. Un côté mondain qui apporte du relief et des couleurs ! Puis il y a leur rêve à eux et c’est le plus important. Créer une pièce unique qui leur ressemble, qui montre comme un miroir une facette de leur personnalité et qui leur permettra de se distinguer des autres. Dans le monde de la broderie, ce n’est pas forcément l’éclat que l’on vient chercher, mais toujours de montrer son unicité et sa différence. « Faîtes juste que l’on ne m’oublie pas, que cela me ressemble ! » Parfois, la personne n’a pas d’idée préconçue, de couleurs particulières ou de matières auxquelles elle serait sensible. Mais on peut tout construire ensemble à partir d’une envie, d’un besoin ou d’un rêve. Si c’est une femme qui est très famille par exemple, comme c’est beaucoup le cas pour notre clientèle des pays du Golfe, elle va pouvoir nous apporter des dessins de ses enfants que l’on va retraduire d’une certaine manière sur ses tenues. Pour nous, c’est vraiment très intéressant car nous rentrons dans le domaine de l’intime, et c’est tellement mieux que de broder quelque chose qui existe sur un cintre ailleurs.

Tout notre travail est fait de manière artisanale et nous utilisons les machines uniquement pour accélérer des tâches qui n’apporteraient aucune valeur ajoutée à l’ouvrage. C’est primordial car le fait de broder à la main apporte une dimension humaine à nos créations. La main n’étant jamais parfaite, tout comme la nature, il y a une certaine profondeur qui est donnée. Il ne s’agit pas là d’un registre d’imperfections, mais d’une appréciation de l’ordre du mouvement. Quand on travaille par exemple le pelage d’un animal en broderie, le pelage n’est jamais parfaitement aligné. Il y aura des taches comme dans la vraie vie et c’est cela qui donne du mouvement aux créations, ce que les machines ne sont pas capables de faire. Nous voulons être les plus authentiques et les plus sincères possibles, comme un miroir qui reflète la réalité. Et nos clients esthètes recherchent cela, et non une étiquette sur un article de luxe qu’on trouvera de nos jours partout ailleurs.

Nos créations sont très tactiles, et il y a toujours ce moment privilégié où la cliente demande à toucher la pièce. Un col à placer sur des pulls avec ses manchettes assorties, des collerettes, des plastrons, des tabliers, des ceintures, des coiffes et des tiares pour les cheveux… A chaque fois, c’est magique car c’est une invitation à un voyage sensoriel et émotionnel, fruit d’une co-création commune. Chaque année, nous présentons une collection Beau Voir qui sert justement de prélude à ces pièces sur-mesure. Alors, chaque création racontera une histoire à part, en traduisant les sensations uniques de chaque client. J’aime cette identification qui s’opère avec l’œuvre. Cela devient un grigri indispensable, et on peut aller jusqu’à créer des bijoux avec des sculptures textiles. On travaille par exemple avec des orfèvres et des joailliers pour broder des métaux et des pierres précieuses. On a aussi lancé une collection spéciale pour une marque de Haute Couture chinoise récemment.

Le vrai luxe c’est cette attention de chaque instant pour obtenir une création vraiment exceptionnelle. Cela advient lorsqu’il y a reprise de tous les codes inhérents au luxe, au sens le plus épuré du terme : les belles matières, le savoir-faire, l’unicité de la création, auxquels on rajoute l’ultra personnalisation. C’est aussi fondamentalement le respect du client à toutes les étapes : de la conception à la fabrication d’une pièce ; en faisant appel à une haute technicité, en se remettant en question à chaque fois d’un point de vue créatif et esthétique et en ne choisissant que des matériaux nobles, respectueux de l’environnement et si possible locaux… Alors, le résultat est vraiment unique et destiné à être le miroir de la personne sensible que l’on a en face de soi. C’est vrai qu’avec les vies que nous menons actuellement, il est difficile d’être authentique tout le temps, mais on peut s’y exercer en se souvenant le plus souvent possible de qui l’on est, et de ce qu’on veut porter comme valeurs. C’est à ce prix-là qu’on deviendra enfin nous-mêmes ! J’ai lu quelque part que la dépression n’est qu’un signal qu’émettrait notre corps quand nous ne sommes plus en phase avec ce que nous sommes vraiment… L’authenticité, c’est donc un objectif que l’on suit en respectant une ligne de conduite que l’on s’est choisie en termes de valeurs. J’essaye d’y parvenir au quotidien et on fera le bilan dans quelques années.

C’est aussi cet aspect-là que j’aime dans mon métier. Ces moments vrais de rencontre où l’on apprend à connaître une personne ou pénétrer dans l’univers d’une marque. Alors, on ressent en nous cette faculté que l’on a de se mettre en empathie avec les autres, tout simplement. ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris, le 20 novembre 2017

Lien vers les sites de P&L Studio et Beau Voir

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