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Le plaisir d’une chaussure d’exception

Il a cette authenticité du cœur pour accueillir chaque client comme une personne unique, venant confier ses moindres désirs à l’élégance intemporelle de sa maison. Dans sa boutique du quartier de la Bourse, Xavier Aubercy est comme un printemps en renaissance ; un homme d’une extrême finesse, effervescent et curieux de l’autre, trouvant son plaisir dans un métier d’hommes et de création. Et ses chaussures ont cela d’exceptionnel, car elles rendent les clients plus heureux et confiants et donnent à des artisans passionnés de transmettre les gestes et les valeurs d’excellence. C’est aussi une école de vie pour se développer humainement, car dans chaque rencontre, les beaux souliers deviennent un prétexte pour une œuvre d’amour plus grande.

Bottier de père en fils

L’actuelle boutique de la rue Vivienne a été créée en 1935 par André et Renée Aubercy, ses grands-parents. Xavier y est presque né dedans. “Le jour de ma naissance, ma mère m’a raconté qu’elle a fait la fermeture le soir, et je suis né quelques heures après. Toute ma vie a tourné depuis autour de la boutique et ses clients !” Car le tout Paris s’est précipité dans cette boutique, depuis que le grand-père a décidé en 1950 de faire des souliers sur-mesure en côtoyant les plus grands bottiers Londoniens. A ce moment-là, il fréquente le dandy millionnaire Arturo Lopez et partage avec lui le goût du beau, en apprenant les codes de la haute société mais sans jamais renier ses origines. “Il était né en Auvergne et avait vécu dans des conditions sociales difficiles. J’ai la faiblesse de croire qu’Arturo Lopez a aimé en lui la richesse de son être.” Très tôt, il monte à Paris pour faire le bataillon de Joinville et devient un grand sportif. Il donnait alors des cours de gymnastique à des particuliers quand il rencontre sa future femme, qui travaillait dans la chaussure. “Ce fut le coup de foudre immédiat qui a changé son existence.” Par amour, il devient bottier, et à force de travail et d’audace, il deviendra l’une des références de son époque.

Son père et sa mère reprendront l’affaire en 1970, en gardant cette recherche de l’excellence dans les matières, le savoir-faire et un style classique et élégant. “Puis mon père est parti se former un an en Italie et un an à Londres ; Il a apporté le meilleur de ces deux écoles : la rigueur anglaise et la créativité italienne. Philippe Aubercy réorganise aussi les ateliers pour proposer une fabrication en grande mesure et petite mesure. Mais surtout, il conserve cet esprit de service et de qualité qui a toujours été la marque de fabrique de la maison. Cet amour qui se donne aux autres va d’ailleurs marquer toute son enfance, “comme ces restaurateurs que l’on retrouvait en vacances en Auvergne et qui servaient avec une telle sollicitude chacun de leurs clients.” A un moment, Xavier Aubercy se formera même à la psychanalyse et exercera pendant 3 ans “pour contempler cette force de se relever chez l’être humain”, mais il reprendra l’entreprise familiale pour y faire perdurer ces valeurs et apporter sa propre originalité.

L’excellence de la chaussure

Chez Aubercy, le travail artisanal est conservé dans la plus pure tradition et les chaussures sont créées avec les mêmes exigences de technicité, de qualité et de rigueur qu’il y a 50 ans. “On dénombre encore de 300 à 400 opérations réparties sur 2 à 3 mois de travail pour obtenir une chaussure de prêt-à-porter. Et à toutes les étapes : choix de forme, de largeur, de matière, de couleur, de type de coutures, de formes de semelles, de piqûres, de finitions, de doublures…, la personnalisation est possible car le Maître-Bottier a à cœur de proposer un soulier unique pour chaque client, répondant à toutes leurs envies. “Comme cette chaussure créée spécialement pour un Consul du Malawi avec les 3 couleurs du drapeau du pays et une perforation dessinée à la main pour reprendre le soleil, emblème du pays.

Et il est fondamental de recueillir l’envie du client pour concrétiser son désir. Très souvent, il faut faire des combinaisons avec la panoplie de modèles existants. “Mais on peut sortir des archives, ou dessiner ensemble le soulier de ses rêves. Ensuite, l’artisan va travailler sur la prise de mesure qui conduit à une forme en bois, puis le patronage jusqu’au choix des cuirs sélectionnés parmi les plus belles peaux et couleurs (plus de 50). Puis c’est l’essayage avec la fabrication d’un modèle provisoire, suivi du modèle définitif, avec la fabrication de la tige (partie supérieure de la chaussure), les semelles, les talons, les renforts… La finition des bordures se fait même à la bougie et les trépointes (gallons de cuir à l’intérieur du soulier) sont entièrement cousues à la main avec le choix des techniques Blake, Goodyear ou Norwegian selon le type de chaussure souhaitée par le client. “C’est la haute qualification de nos artisans qui fait la différence, car leur grande expérience permet un geste pur et donne ce supplément d’âme à chaque paire réalisée.” Pour avoir des finitions parfaites, il faut aussi se donner le temps de le faire : deux heures de travail à coudre à la main, là où deux minutes suffisent si la tâche était automatisée sur une machine. Chez Aubercy, on va même tirer la peau avec patience et minutie pendant deux heures au lieu des 10 secondes à la machine. “Le galbe ne sera pas le même… Quelque part, la peau a une mémoire et une élasticité qu’il faut respecter. C’est pourquoi une paire de souliers Aubercy aura une durée de vie six fois plus élevée qu’une paire normale.

Une élégance intemporelle

Le métier de chausseur est de ganter le pied. Et comme il est important, pour un homme d’exprimer son raffinement et son élégance dans cette partie du corps. Près de 1.000 modèles sont confectionnés chaque année avec des lignes esthétiques d’une grande finesse. Xavier Aubercy propose des modèles intemporels, qui traversent les modes et les époques. Des grands classiques qu’ils soient richelieu, derby ou mocassin, interprétés dans le style unique de la maison. Mais aussi des lignes plus décontractées comme Week-end “spécialement destinée aux moments d’élégance de fins de semaine, ou Etretat, des mocassins ultra-souples aux teintes multicolores. La maison propose aussi la confection de chaussures spéciales avec des peaux exotiques pour les collectionneurs de souliers rares. Selon son inspiration du moment, le maître des lieux crée aussi des nouveaux modèles. Comme le Lupin, un mocassin avec une patte dessinée tel un masque, qui est devenu le modèle emblématique de la maison. “Ce modèle est venu d’un souvenir d’enfance car à l’âge de 8 ans, j’étais tombé sur un photographe allemand qui avait immortalisé le Carnaval de Venise et j’avais rêvé pendant 30 ans d’y aller un jour. Ou encore ce modèle décalé avec un laçage complètement aléatoire. “Je m’étais réveillé une nuit, inspiré par la montre d’un grand horloger suisse qui avait eu l’idée de faire sauter les aiguilles des heures au lieu de les faire se suivre à un rythme régulier. Et j’ai dessiné d’une traite les crazy laces !

L’élégance chez Aubercy c’est aussi cette rencontre avec des artisans pour créer des chaussures uniques qui doivent permettre à leur tour de faire de belles rencontres. Tel est l’esprit de la maison avec un métier reçu et exercé comme une vocation. Celle de donner du plaisir et réaliser ses rêves. “Quand je vois briller des étincelles dans les yeux de mes clients, je suis heureux et c’est mon devoir de les épater toujours. Mon défi est donc de continuer à les toucher dans leur sensibilité, là où certains ont pu déjà tout avoir et découvert beaucoup.” Cette richesse du cœur permet aussi de voir au-delà des apparences ; De percevoir le travail de l’artisan, tous les petits sacrifices consentis avec amour, mais aussi la beauté humaine, à l’image de son modèle, son grand-père. “A 75 ans, il continuait de céder sa place dans le bus à une dame et vouloir apprendre sans cesse et grandir humainement. C’est cette humanité qui me touche le plus dans mon métier.

Un plaisir qui se partage

C’est pourquoi l’esprit familial est vécu pleinement dans cette maison de tradition, avec une attention portée à chacun pour qu’il puisse s’exprimer et s’épanouir. “L’une de nos employées est restée 46 ans avec nous, à travailler dans la boutique !” Chaque visiteur est aussi traité avec la même gentillesse et qualité d’accueil. Une simplicité que partagent les clients, parmi lesquels des célébrités et des chefs d’état, et qui a toujours fasciné Xavier Aubercy. “Les voir dans leur attitude naturelle et bienveillante avec tout le monde, sans faire de distinction entre les patrons ou les employés, c’est une richesse si belle qui donne des ailes au quotidien.

Et pour un plaisir qui se renouvelle tous les jours, la maison engage aussi ses développements futurs. Un nouveau site internet est en construction et un espace convivial va être créé pour recevoir en toute discrétion les clients du sur-mesure. Puis ce projet qui lui tient particulièrement à cœur. Celui de monter un atelier de fabrication en France (après 35 années en Italie), “pour avoir les artisans au plus près de la boutique. Car quand je suis dans mon bureau et que j’entends le bottier monter ses chaussures à la main, je suis aux anges !

Finalement, la maison Aubercy serait comme une femme que l’on épouse en mettant un terme aux aventures d’une vie pour s’engager sur un chemin de fidélité. Car il y a là quelque chose de différent et d’équilibré, de précieux et d’anachronique à la fois, qui fait la beauté d’une chaussure d’exception. Et beaucoup d’amour qui se donne à voir et nous rappelle à chaque instant que les souliers signés Aubercy sont bien la manière de dire à l’unisson : Prenons du plaisir !

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris, le 29 septembre 2017

Lien vers le site de la Maison Aubercy

Galerie photos de Xavier Aubercy

L’authenticité selon Xavier Aubercy, le bottier romantique

“ Je suis un grand romantique. Je lisais Balzac quand j’étais jeune et j’aimais la comédie humaine. J’aimais ces sentiments. Puis en tant que psychanalyste, j’ai vu des personnes se métamorphoser en thérapie. Quelle joie quand elles se relèvent et trouvent le chemin de l’amour ! C’est cela qui donne du sens à la vie. Je retrouve cet ingrédient partout dans mon métier de bottier. En travaillant avec mes parents qui ont su garder l’âme de la maison, telle que l’avait voulue mon grand-père. Cette même humilité et se mettre au service de la chaussure et des autres. En côtoyant les employés et les artisans qui sont notre richesse et notre fierté. Ils ont une dextérité incroyable et perpétuent les gestes du métier en apportant chacun leur touche personnelle. Avec leur histoire, leur passion, leur culture, ce sont de vrais professionnels et des personnes authentiques. François à la cordonnerie, par exemple, découpe lui-même ses fers encastrés. Et pour faire plaisir aux clients, il les façonne selon la forme désirée : une vague, un symbole… C’est unique de prendre le temps aujourd’hui pour faire cela et c’est tout l’esprit de la maison : faire plaisir quoi qu’il en coûte. Enfin c’est pour les clients que j’ai repris l’entreprise familiale. Je les ai observés depuis ma plus tendre enfance et aimés leur simplicité. Quelle que soient leur position sociale ou leur renommée, ils viennent à la boutique pour nous confier leurs envies, raconter leurs joies ou leurs peines, et cette confiance me touche tellement ! De si belles personnes, avec une attitude sans apparat et une noblesse de cœur qui ne fait pas de distinction. C’est cette sincérité qui fait l’authenticité.

Il y a une certaine forme de devoir quand on est l’héritier d’une maison de tradition. Et je m’engage à donner le meilleur de moi-même dans chacune de mes créations ; par respect de l’entreprise de mon grand-père, de ceux qui y travaillent, et du client, qui parcourt parfois le monde entier pour venir nous voir. Ce goût du travail bien fait, de l’ouvrage en pleine conscience, nécessite aussi de se donner du temps et d’orienter toutes nos intentions vers le faire plaisir. J’aime cette philosophie qui consiste à faire aux autres ce que l’on aimerait faire à soi-même. Prendre soin, choisir le meilleur, aimer… La richesse humaine devient alors le fondement de chacune de nos actions. Car le but ultime est de permettre des rencontres heureuses, des souvenirs mémorables, des moments inoubliables et nous y contribuons à notre façon en créant des chaussures élégantes.

Puis j’aime reconnaître les hommes et les moments de vie qu’il y a derrière chaque chaussure car pour moi, le luxe, c’est avant tout ce qui ne se voit pas, et tout ce qui vous touche. Cela peut être de contempler un lever de soleil le matin, car vous êtes avec la bonne personne, ou d’être dans un endroit très simple avec des hôtes qui se mettent en quatre pour vous faire plaisir. J’ai découvert récemment avec ma femme une adresse incroyable d’un restaurant à Venise, que je garde comme un trésor. Une minuscule trattoria avec la mamma qui mijote des plats traditionnels et passe toute sa journée dans la cuisine. Il faut voir cette reconnaissance quand on lui dit que c’est bon et qu’on la remercie de s’appliquer autant pour nous servir. Vraiment, on se dit alors : Je n’ai pas vécu un moment pareil depuis des années ! Le luxe est authentique. C’est cela qui fait qu’on passe un moment vrai. Ce n’est pas marqueté, ce n’est pas travaillé, c’est l’envie d’une personne qui rencontre celle d’un autre, dans le moment présent. Il y a aussi un côté rare, contrairement à l’abondance comme on voudrait nous faire croire. Enfin, il y a un engagement dans le luxe ; un engagement total qui rencontre un désir absolu.

C’est mon grand-père qui a insufflé le côté humain dans la maison de botterie que je dirige aujourd’hui. N’est-ce pas à l’origine une histoire d’amour ? Celui pour ma grand-mère ; celui de son métier ; celui des hommes qu’il a côtoyés. Et toute sa vie, il a voulu apprendre et essayer de progresser pour se comporter d’une certaine façon, et devenir respectable par ses actes et non par son apparence. Je l’admirais pour cela et il a apporté cette exigence. Je souhaite aujourd’hui garder cette même humilité et, s’il y a une star chez nous, c’est éventuellement la chaussure, le cuir, l’histoire d’un modèle, celui qui l’a fait derrière, ou même le désir d’un client et ce que cela a produit de beau dans son existence. C’est cela le plus important. ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris, le 29 septembre 2017

Lien vers le site de la Maison Aubercy

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